Histoire d’hiver

Les 3 mots piochés pour cette première nouvelle sont : hiver, partage, magicien.

En cet hiver très froid, la forêt était blanche et silencieuse. Dans sa partie la plus secrète se tenait la maison du magicien. La clairière lumineuse n’était défigurée par la présence de la jolie cabane, comme si cette dernière avait toujours été là. En des temps plus cléments, les animaux venaient s’y promener et s’abreuvaient dans le ruisseau clair qui la traversait.

Depuis quelques semaines, le ruisseau était gelé et ressemblait à un serpent d’argent sinuant dans la neige. Le magicien aimait observer le calme hivernal, mais cet hiver était vraiment très rude, il était inquiet. Les humains à l’orée de la forêt allaient suivre le gibier loin dans les bois et risquaient de le découvrir. Et puis ces malheureux animaux étaient parfois de ses amis.

Quoiqu’il en soit, sa potion était prête, il devait s’arracher à ses tristes pensées inquiètes pour la mettre en bouteilles. Au loin, pas assez loin à son goût, un cor de chasse sonnait. Le magicien espérait que la harde de cerfs ayant l’habitude de passer l’été avec lui est loin de cette partie de la forêt.

Pour supporter le grand froid, il avait jeté un sort de chaleur à sa maison et avait développé une formule de pâte de fruits magique : une seule petite assiette le nourrissait pour la journée tout en lui apportant les ressources nécessaires à sa santé.

Une fois sa potion en bouteilles, le magicien retourna à sa contemplation de l’hiver par sa fenêtre : le calme et la sérénité du lieu l’aidaient à réfléchir. Cela allait encore durer quelques mois. Tout absorbé qu’il était par ses projets de fortifiant pour faons sur lequel il travaillait depuis quelques temps, il ne vit pas la petite apparition vert pomme qui se détachait nettement dans la blancheur du paysage.

C’était une enfant à la recherche de nourriture pour elle et sa famille : écorce tendre, tubercule loin sous la neige, tout ce qui pourrait les aider à ne pas mourir de faim. Son père essayait désespérément d’attraper des lièvres aux collets, sans le moindre succès. La petite espérait un miracle pour nourrir ses petits frères et ses chers parents.

Elle marqua un temps d’arrêt en apercevant l’étrange maisonnette fumante mais tiraillée par la faim, elle décida de s’approcher. C’est quand elle se remit en marche que le magicien l’aperçut : mince plus le temps de dissimuler l’habitation, la petite chose verte l’avait vu. Il tournait en rond, que faire ? « Toc toc toc » De petits coups timides frappaient à la porte. Que faire ? Prendre une grosse voix pour l’effrayer ? Oui merveilleuse idée.

Il ouvrit la porte, prêt à effaroucher l’enfant. Deux grands yeux d’eau, trop grands dans le petit visage amaigri, l’arrêtèrent net. Une voix fluette l’arracha à sa noyade :

« Bonjour monsieur. Qui es-tu ? Je ne t’ai jamais vu au village.

– …

– Monsieur ?

– … Je suis le magicien de la clairière.

– Je m’appelle Izaé, déclara l’enfant, es-tu un gentil magicien ?

– Voici un concept tout à fait relatif, répondit-il. »

L’enfant ne comprenait pas et le regardait interloquée. Le magicien réfléchit, puis abandonna l’idée de lui expliquer.

« Que veux-tu Izaé ? Pourquoi t’es tu aventurée si loin dans la forêt ?

– Il fait froid. Mes frères ont faim. Je cherche à manger, répondit-elle.

– Il y a trop de neige, tu ne trouveras rien de comestible au fond des bois.

– Qu’est-ce que tu manges toi ? Demanda l’enfant. »

Le magicien réfléchit, pouvait-il répondre à cette question sans mentir et sans mettre son mode de vie solitaire (donc sa tranquillité) en danger ?

« Je suis magicien, je me débrouille. »

Encore un concept que l’enfant n’arrivait pas à appréhender. Las et pressé de se débarrasser de la visiteuse indésirée, il lui donna quelques pâtes de fruits magiques.

« Mangez-les en petites quantités, elles sont très nourrissantes. Vous devriez en avoir pour plus d’un mois, après la neige aura diminué, tu trouveras des tubercules près de la marre aux grenouilles à l’orée de la forêt. Ne reviens pas. »

Les yeux d’eau d’Izaé étincelaient en voyant ses petites mains débordantes de confiseries. Après de multiples remerciements, elle s’en retourna auprès de sa famille. Avec un soupir le magicien la regarda disparaître avant de refermer la porte et commença à cuisiner des pâtes de fruits magiques, il avait donné toute sa réserve à l’enfant.

Trois semaines passèrent sans que la routine du magicien ne soit altérée. L’hiver semblait reculer plus vite qu’il ne l’avait prévu, la couche de neige était moins épaisse et le ruisseau recommençait à couler tranquillement. Un matin de discrets coups frappés à la porte lui firent penser que la fille aux yeux d’eau était de retour. A contrecœur, il alla ouvrir la porte. Il ne s’était pas trompé, l’enfant en vert pomme était de retour.

« Bonjour monsieur le magicien.

– Bonjour Izaé. Que fais tu ici ? Ta famille et toi avez mangé toutes les pâtes de fruits magiques que je t’avais donné, n’est-ce pas ? Je t’avais dit de faire attention à leur consommation.

– Oui, nous n’en avons plus, nous avons partagé avec les voisins, tout le monde a eu faim cet hiver. Mais je ne suis pas venue t’en réclamer. Je suis ici pour t’offrir un cadeau de la part de mon hameau afin de te remercier. »

L’enfant lui remis un petit paquet. Curieux, il l’ouvrit tout de suite. C’était un pot de rillettes de lièvre.

« Mais si vous n’avez pas assez à manger, pourquoi me ramener ceci ? Je n’en ai pas besoin avec ma magie, s’étonna le magicien.

– Mon Papa a enfin réussi à attraper un lièvre, répondit Izaé avec fierté. Nous avons tous décidé de te ramener un pot de rillettes afin de te remercier d’avoir partagé tes pâtes de fruits avec nous. L’hiver s’en va, nous trouvons des tubercules là où tu m’avais dit de chercher. Nous sommes sauvés. Grâce à toi. »

Partager ? Il n’avait absolument pas considéré le don de ses pâtes de fruits comme un partage ou comme une quelconque envie d’aider qui que ce soit. Ce n’était qu’une façon de se débarrasser de l’enfant lors de sa première visite. Cette fois c’était lui, le grand magicien de la clairière, qui restait interdit face à un concept qui ne lui était pas familier : le partage. Et plus il y pensait, plus il sentait son âme se réchauffer.

Soudain, il décida de raccompagner Izaé dans son hameau. Il attrapa un baluchon qu’il remplit de différentes potions, herbes, enchantements et autres magies.

Sur place, il visita les quelques maisons. Il offrit pâtes de fruits magiques, onguents pour les engelures dûes à l’hiver, potions contre les rhumes et les grippes, il enchantait les maisons pour qu’elles soient chaudes. Plus il partageait ses dons, plus il se sentait heureux et Izaé qui le suivait partout était émerveillée.

Quand le magicien voulut s’en aller pour retourner dans sa clairière, l’enfant lui prit la main et l’emmena sur la place centrale du hameau où tous s’étaient réunis pour le remercier.

C’est ainsi qu’une petite fille aux yeux d’eau appris le partage à un grand magicien qui pensait aimer vivre loin de tout.

2 réflexions sur “Histoire d’hiver

    • Spooky dit :

      Bonjour.
      Merci pour votre retour et merci de m’avoir fait remarquer la coquille.
      Je ne sais pas d’où m’est venu ce prénom pour la fillette, il s’est imposé à moi pendant l’écriture. Je ne me souviens d’ailleurs pas l’avoir déjà entendu quelque part.

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