Histoire d’arbre

Cette semaine, nous avons pioché : magie, courir et arbre.

Il était une fois un immense séquoia absolument magnifique qui dominait un grand jardin fleuri. Les jardiniers le choyaient, il était leur fierté. Les visiteurs l’admiraient, n’ayant jamais vu d’arbre si grandiose. Cet arbre était l’arbre qui avait été le plus pris en photo dans l’histoire de tous les arbres. Il recevait des prières, des offrandes, de l’engrais, de l’attention. Personne ne songeait à graver son tronc d’initiales ou à accrocher des guirlandes dans ses branches. Même les écureuils et les oiseaux qui vivaient près de sa cime n’osaient griffer ou grignoter ses feuilles et ses bourgeons. C’était l’arbre le plus heureux au monde.

Du moins, il aurait dû l’être. Hélas… C’était un arbre qui ne rêvait que d’une chose : courir. Exactement comme il voyait les humains le faire dans son grand parc. Il ne comprenait pas trop le principe, ni l’utilité, observant la transpiration et l’essoufflement des bipèdes mais il trouvait que ça avait quand même l’air drôlement sympa de se déplacer très vite grâce à ces drôles de petites branches poussant vers le sol (les jambes).

Comprenez bien, son réseau racinaire était très confortable : aucun caillou ne le gênait, l’eau était facilement accessible, aucun nuisible ne rongeait ses racines. Mais tout de même, pouvoir se déplacer, ça devait être quelque chose. Il est très beau ce parc c’est sûr, mais il ne s’y passait pas grand chose. Au bout de 1246 ans, vous vous en lasseriez vous aussi. Surtout en ayant découvert l’extraordinaire concept de la course à pieds sans pouvoir l’expérimenter vous-même.

Un jour, quelqu’un s’arrêta près de l’arbre, mit la main sur son écorce et ferma les yeux. Ce n’était pas n’importe quel quelqu’un, c’était une très jolie jeune sorcière qui avait le don merveilleux de comprendre les arbres. Ayant entendu parler du séquoia grandiose de ce jardin, elle avait fait le voyage pour le rencontrer. Quelle ne fût pas sa surprise en découvrant l’originale aspiration de ce géant millénaire ! Touchée par la curiosité de l’arbre, elle décida d’utiliser sa magie (déjà forte pour son jeune âge) pour réaliser son vœu.

C’est ainsi que du haut de ces 71m, le séquoia sortit une par une ses racines qui formèrent deux jambes végétales, un peu courtes pour sa haute stature. Cela lui donnait une apparence étrange, mais qu’importe, le monde lui appartenait. Il prit à peine le temps de remercier la jeune sorcière avant de se mettre à courir, d’abord maladroitement, puis avec de plus en plus d’assurance.

L’arbre sortit alors de son beau jardin et se heurta à sa première autoroute, puis à sa première ligne à haute tension, puis à sa première rue trop étroite entre deux gratte-ciel. C’était un arbre des villes, il fallait de long kilomètres pour rencontrer la nature libre. Après avoir cassé trois de ses belles branches et s’être cassé une grosse racine dans une bouche d’égout, le séquoia commenca à penser que courir ce n’est vraiment pas si intéressant que ça. Bien sûr un géant de 71m en pleine ville, ce n’est pas l’idéal pour un footing.

Il apprit alors à marcher, c’est plus calme de marcher. Cela lui permit de se concentrer davantage sur le paysage, la ville est bruyante et encombrée, mais si on prend le temps de la regarder, on peut la trouver belle. Il en fit le tour tranquillement, cela pris un peu de temps, c’était une grande ville. Puis il retourna, un peu triste, vers son jardin. Sa terre confortable avec accès à l’eau fraîche lui manquait. Il avait mal aux racines d’avoir tellement marcher et il ne savait pas comment se comporter. Après tout un arbre qui coure et qui marche, on n’en voit pas tous les jours.

Il était près à s’allonger par terre dans son parc, à sa place si confortable. Mais alors il aurait été découpé en tronçon, parce que remettre un séquoia de 71m debout ce n’est pas possible. Pourtant il y était résigné : il avait voulu quitter son foyer, l’endroit où l’on prenait soin de lui et cela sans regarder en arrière, sans reconnaissance, il était bien puni.

Réapparu alors la jeune sorcière qui, en posant sa main sur l’écorce de l’arbre, comprit. Courir n’était pas un sport d’arbre, son ami s’était blessé, était fatigué et pleins de regrets. Elle le consola en annulant sa magie, le séquoia retrouva sa place, ses racines profondément enfouies dans sa terre bien aimée, ses branches cassées furent même réparées. Il avait vécu son rêve et en était revenu encore plus fort, parce qu’il avait redécouvert la valeur de l’amour qu’il portait à sa terre et à ses jardiniers.

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